dimanche 12 avril 2015

L'horloge

Entendez vous ?
Si, prêtez l'oreille, voilà c'est mieux, vous entendez ce bruit ? C'est le chant de l'inéluctabilité.
La litanie qui a commencé bien avant vous qui continuera quand les étoiles auront fini de scintiller.
Vos vies s'écrivent sur le métier à tisser du temps que nos aiguilles pointent telles des doigts accusateurs, inscrivants sur les feuillets de l'éternité les actes des commettants.
Cherchez moi, mes sœurs et moi avons toujours été dans les parages, nous sommes témoins de vos doutes, de vos espérances et sommes nées de vos mains.
Bien des yeux se sont posés sur moi, avides de pouvoir retenir la course de mes bras, mais le mouvement du balancier a toujours raison du regard porté et savez vous ce que l'inexorable décide même pour les plus valeurs ? Que chacun de vous devant moi baisse les yeux.
J'égraine les minutes à la saveur de l'éternité pour le palais de l'amoureux qui attend  le ravissement de sont cœur, et décide au grès de mes caprices de faire filer les jours à la vitesse du torrent déchaîné pour celui qui se trouve dans le couloir des condamnés.
Je suis l’impitoyable comptable de vos destinés, qui déclenche le compte à rebours quand joyeux et contemplatifs vous êtes penchés sur le berceau du nouveau né, et ne lui accorderez que le temps imparti même si les bonnes fées me supplient la faveur du délai.
Les métaux les plus durs frissonnent à l'écoute de ma voix ; si beaux et brillants soient ils, ils savent qu'ils finiront écaillés comme ces poissons d'argents pris dans les filets qu'on jette à l'océan et qui ramènent sur la rive les destinées  dont mon verdict a sonné le glas.
Aussi prenez garde à mon chant, et craignez les décrets du temps, car même dans un monde où vous me croirez disparu, le silence est une vertu qui rend audibles les battements des vivants.
Ils rythmeront ma danse macabre que bon gré mal gré vous danserez avec moi.