mardi 20 janvier 2015

Je mange donc je suis ou Nabilla au menu des Anthropophages,


Mangez car ceci est mon corps.
L’allégorie de la cène, dernier repas du christ, c'est l'appel au cerveau reptilien.
L'ersatz cannibale des gloutonneries primitives.
En mangeant l'autre, on hérite des facultés du menu...
Même le concept de vampire est bâti autour de ce mythe.
Je vénère l'autre pour ce que je n'ai pas, et sa consommation m’élève à son rang.
L'idole doit être mangée.
Mais avant elle doit être fabriquée.
Isis, Héra, Athéna étaient les représentations fantasmées du féminin pour l'antiquité.
Représentations élevées au rang de déesses, d'idéal.
C'est donc tout naturellement que notre société a créé les siennes.
Des représentations de la féminité, qu'on façonne, qu'on modélise et qu'on corrige au besoin, pour être adorées, pour être idolâtrées. Dans ce panthéon, c'est de l’une de ces idoles dont je veux vous parler.
Elle particulière, fascinante et tragique.
Elle est là pour faire fantasmer et pour être détestée.
Elle répond au nom de Nabilla.
C'est une représentation honnête de notre société.
Elle provoque le débat et ne laisse personne indifférent.
Jeune, jolie, les grands prêtres des sociétés de production l'ont choisie.
Les processions médiatiques servent à la rendre identifiable et enviable.
Enviable pour l'homme et ses désirs de concupiscence, enviable pour la femme car créatrice de frustrations.
La fascinations qu'elle exerce fait place  à l'inaccessible, et elle est alors honnie
La morale, impose des motifs à la détestation.
Le procès doit avoir lieu, et il s'ouvre sous la présidence de la morale actuelle.
Les témoins sont appelés à la barre.
Voici les Charges :
Son imbécillité.
Objection votre honneur, si l'accusée est une imbécile que dire alors des médias qui lui consacrent des émissions entières.
Objection rejetée.
Sa superficialité.
Objection votre honneur, elle est accusée de donner un avis stupide sur les choses. Madame Romano n’a–t-elle pas été ministre ?
Objection refusée et je vous inflige une amende pour outrage à la cour.
Désolé votre honneur.
Son influence sur la jeunesse.
Objection à nouveau votre honneur, ce sont les parents qui sont responsables de l'éducation de leurs enfants. Nabilla existe part elle même et pour elle même elle n'a jamais demandé à être prise pour modèle.
Objection refusée.
Nous voici au plaidoyer final.
Le procureur, maintient les accusations contre la prévenue.
Elle est à ses yeux coupable et point besoin n'est, d'en faire la démonstration.
Les faits parlent d'eux mêmes, nos filles sont corrompues par son exemple, nos femmes la haïssent. Les désirs des maris et fils pervertis par son physique.
L'avocat de la défense n'a qu'une phrase à adresser a la cour

Est ce cette pauvre enfant qui à vos yeux est coupable ? Ou n'est ce pas  plutôt votre regard sur elle qui l'est ?