vendredi 9 janvier 2015

Faire Part


C’est en ce Vendredi 9 janvier de l'an de crasse 2015 que je suis née.
Qui est ce rejeton, vous demandez vous ?
Le Commandeur : celui de Don Giovanni, s’il vous plaît !

20 décembre : je suis en vacances, prêt à écumer les magasins et heureux de pourrir mes enfants de jouets inutiles dont ils ont terriblement besoin.
C’est alors que me voilà incommodé  par l'inadmissible et l’indicible : ce mal pervers qui ronge notre société et que l’on nomme « les pauvres ».

Ces gens sans la moindre classe occupent sans droit nos bancs, nous obligeant à répondre défavorablement à leurs sempiternelles sollicitations.
 Ces salauds de pauvres qui n'ont même pas la décence de mourir dignement après les fêtes.
Tout de même nous faire culpabiliser le 24 au soir, alors que la table déborde de victuailles bon marché, c'en est trop !
Qu'ai je fait pour subir le spectacle navrant de cet homme de 45 ans, SDF de sont état et mort de froid dans la nuit.
Je n'y suis pour rien.
Pas ma faute....
CA n'est pas moi qui lui ai dit de perdre son boulot, sa femme, et de finir dans l'alcool tout de même !
Moi qui fête noël innocemment avec mes proches, et qui attend impatient le regard libidineux d’Arthur sur la chute de rein de la nouvelle miss France.

Moi qui ai du affronter les champs de bataille commerciaux.
Moi qui ai bravé le froid pour amener à mon épouse cette dinde génétiquement modifiée ;  j'ai bien droit au repos du guerrier !
J'ai le droit de me bâfrer sans restrictions, sans avoir à subir le regard accusateur de ce SDF, héros d'un reportage ; sur ce bougre qui quoiqu’il en soit sera mort demain, ou de froid ou des mains de ses compagnons d'infortune, trop heureux de s’accaparer son cru de villageoise.
J'invoque mon droit à la beaufferie et à l’égoïsme.
Je paie des impôts que diable, et entends qu’on me rende justice !


A toutes les âmes bien pensantes que scandaliseraient ces lignes, j'invoque mon droit à la charlivoiserie, à la caricature, et à la postérité.
Caressant le doux espoir de marcher sur les traces de Charb et consort, je compte bien emprunter les chemins de la gloire, porté par les ailes de la médisance et du blasphème.

Mais pris d’un remords lucide aussi bien que fugace, ma conscience me trahit.
N’es tu pas aussi ce SDF ?
Coupable de rien mais victime de l’égoïsme général d'une société malade.
Responsable patenté du sort d'hommes et de femmes voués à une mort certaine.
Voyons voir...
J’écoute ....
Personne, personne pour porter le deuil de ces 6 êtres humains morts dans un froid mordant ignorés de tous.

Si ces dernières lignes vous interpellent, alors sachez que ce sont les premières qui nous tendent le miroir de notre comportement ces derniers jours.